Faut-il choisir entre l’humanité et les êtres humains ?

Entre ceux qui pensent sauver l’humanité parce qu’ils portent un masque et ceux qui se prennent pour Jean Moulin parce qu’ils n’en portent pas, nos vies ont incroyablement changé en quelques mois. Les USI (Unités de Soins Intensifs) en sont devenues le centre de gravité. Pourquoi l’hôpital régente-t-il à présent nos vies ? Et pourquoi précisément l’hôpital, envers lequel le contribuable s’est toujours montré d’une remarquable générosité, même si l’on y trouve souvent plus de secrétaires que d’infirmières ? Pourquoi la santé est-elle devenue un objectif sacré ? Pourquoi pas l’enseignement, l’agriculture, les Ponts-et-Chaussées, le négoce ou les Beaux-Arts ?

Le moindre scepticisme, la plus petite contestation, l’ombre d’un doute, quant à la gestion de l’épidémie de Covid vous vaut cette réponse cinglante : « Tu veux aller visiter les Soins Intensifs ? » A vrai dire, non, je ne tiens pas tellement à visiter les Soins Intensifs, j’ignorais même que ça se visitât et à tout prendre, je préférerais visiter une expo. Tout le monde n’est pas intéressé par le domaine médical, c’est pour cela que certains ont pris le risque de faire d’autres études que la médecine. Et l’on pourrait répondre à cette étrange proposition de visite, « Et toi ? Tu veux aller visiter l’arrière-boutique du bistrotier qui s’est pendu ? Tu veux aller voir comment ça se passe dans les chambres du petit entrepreneur ruiné qui a dû renoncer à remplir sa citerne à mazout ? ». Mais on ne peut pas rétorquer. Parce que les USI, désormais plus révérées qu’un temple et dont les vestales sont applaudies à 20 heures, sont, avec les labos de virologie, l’alpha et l’oméga de l’existence et vos élus n’en sont plus que les dociles greffiers.

De déconfinement en couvre-feu et de masque en gestes barrière, il semble donc que nous ne sortirons du mic-mac covidien qui ruine les entreprises et déprime la population qu’à l’arrivée d’un vaccin.

Tout prêts à déterrer la hache de guerre, les pro et les antis vaccins fourbissent déjà leurs armes de persuasion massive et les affûtent sur les réseaux sociaux. « Et la variole, hein ? C’est pas grâce au vaccin qu’on en est venu à bout, de la variole ? », « Oui, ben quand la variole a disparu, elle a fait place au SIDA ! La nature a horreur du vide ! », « Inconscient ! », « Mouton de Panurge ! », etc… Ca distrait un temps la population vissée devant son écran de télétravailleur, même s’il y a gros à parier que ladite population préférerait retourner aux Bouffes Parisiens ou s’envoyer une entrecôte sauce Choron au bouchon du coin. Mais que voulez-vous, « C’est la guerre ! ». Drôle de guerre en vérité, mondiale, comme les deux précédentes, mais sans armes, ni poilus.

Et c’est donc le fameux vaccin qui signera l’armistice. Les pro vaccins seraient-ils les dupes de Big Pharma ? Ou plutôt les héritiers des mouvements scientifiques qui toujours et partout ont aidé l’homme à s’émanciper des fléaux que la nature lui envoie ? Cette dispute saisonnière vaut que l’on s’y arrête un instant. Car ce qui s’affronte, ce ne sont pas des pro et des anti, ce sont deux visions du monde, le plus souvent irréconciliables et qui dépassent amplement l’univers médical.

Sans remonter jusqu’à Mithridate, l’Histoire des sciences attribue au Britannique Jenner le premier vaccin, contre la variole, et à Pasteur le perfectionnement de cette trouvaille. Depuis, le vaccin a beaucoup évolué, couvrant tous les continents, se prescrivant aux animaux et nous protégeant désormais des plus bénignes maladies d’enfance. Et devenant malgré lui l’abcès de fixation où s’oppose le libéralisme et le collectivisme.

Le corps humain ? Lequel ?

Donc, des virus infestent la planète depuis bien avant que l’homme y ait fait son apparition. Dans des labos, des chercheurs s’affairent. Prenant des risques importants, ils isolent le nouveau virus venu, en décrypte l’ADN, le mettent KO et le fourre dans une éprouvette, direction le corps humain.

Le corps humain oui, mais lequel ?

La réponse collectiviste est assez simple à formuler et très difficile à mettre en pratique. Un vaccin s’adresse à tous ! Si l’on veut détruire un virus, chaque humain doit être vacciné, par la coercition au besoin. De vastes campagnes, parfois follement coûteuses,  s’étendent alors sur le globe et chaque corps humain devient un champ de bataille où les biologistes traqueront et anéantiront la vilaine bébête, jusqu’à son extinction.

La réponse libérale est tout autre. Elle pourrait se résumer à ceci : la science propose et je dispose. Je choisis seul et librement si je veux me faire vacciner et contre quoi. Autrement dit, si je redoute de développer telle ou telle maladie, je me fais vacciner. Si ça ne me tracasse pas plus que ça, je ne le fais pas. Mais alors, répliqueront les plus effarouchables, si tu développes la maladie, tu pourrais contaminer quelqu’un ! Oui. Mais ce quelqu’un aura précisément fait le choix, lui aussi, de ne pas se faire vacciner.

Il est fort probable que nos gouvernements choisiront la méthode collectiviste, étatiste et coercitive. On parie ?

D’ici-là, il nous restera le loisir d’applaudir des gens qui font le job qu’ils ont choisi de faire, de dénoncer nos voisins qui ont invité des potes ou de rappeler que chaque automne, les désormais célèbres USI sont surchargées. Tout en se remémorant, dans un coin de cerveau, qu’à la fin de sa vie, Auguste Comte voulut ériger le positivisme en une véritable religion, pas tellement plus bienveillante que les autres…

6 thoughts on “Faut-il choisir entre l’humanité et les êtres humains ?”

  1. Décidément, la fréquence de vos papiers est inversément proportionnelle à leur qualité et au côté rafraîchissant de votre point de vue.
    Merci!

  2. L’humanité n’existe pas, seuls les humains existent. Il n’y a que des humains prisonniers de leurs désirs, de leurs illusions, leurs sentiments contradictoires, des humains qui sont victimes des failles de leur libre arbitre et de leur jugement.

  3. La réponse libérale est la meilleure, la seule valable en pays libéral: chacun assume sa responsabilité et paie le prix de son risque.

    Or, nous ne sommes pas en pays libéraux (France et, je suppose, Belgique): Nous avons l’assurance maladie collectiviste. Cela change tout: si vous êtes malade, même une authentiquement libérale comme vous, vous allez vous faire soigner et demander un remboursement du coût de vos soins, vu que vous estimerez avoir été suffisamment ponctionnée à cet effet, voire être soigné « gratuitement » à l’hôpital ou par « tiers payant ».

    Les assureurs privés font payer le risque statistique pour les véhicules, l’incendie, les complémentaires santé, etc. Une assurance maladie privée vous ferait payer plus ou moins selon votre statut vaccinal.
    L’État, via des taxes, fait payer certaines conduites à risque telle le tabac, l’alcool… Mais nous assumons collectivement toutes les autres, volontaires et irresponsables comme involontaires et aléatoires.

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